Cette tribune a été publiée dans les Pages Rebonds du quotidien Libération, lundi 22 octobre 2012.
Le géant Hersant Média s’enrhume, la presse locale tousse, la France reste indifférente. Paru-Vendu, Paris-Normandie, L’Union : tous ces plans sociaux s’inscrivent de façon presque évidente dans un contexte de crise économique globale, et de la presse en particulier. Tout se passe comme si la mort des médias locaux était inexorable, les plans de licenciement inévitables, la fin de la presse écrite… écrite.
Cette réalité économique, l’élue locale que je suis en fait l’expérience douloureuse. À Reims, l’avenir d’un titre créé à la Libération par des résistants, L’Union, est menacé par un plan social touchant 270 postes, dont 37 journalistes. Le fatalisme ambiant voudrait que les différents rachats des titres de PQR par de grands groupes, parfois bien éloignés des réalités du journalisme, ne soient qu’une étape vaine pour retarder l’agonie de la presse. Mais rendons-nous à l’évidence, la PQR n’est pas la seule touchée par cette crise. La presse quotidienne nationale accuse elle aussi le coup à l’heure où Internet impose le culte de la transparence et de l’immédiateté. Les tribulations du Monde, du Nouvel Obs et de Libération ont fait la Une du tout-petit monde médiatique parisien. Car le possible rachat du Monde alerte jusqu’au sommet de l’Etat, quand la fin d’un titre local tel que L’Union, ancré dans un territoire, n’émeut pas au-delà du plan social qui l’accompagne. Évidemment, puisque c’est « inévitable ».
Et pourtant, à l’heure où le rôle politique des régions s’affirme dans la République comme au sein de l’Europe, comment peut-on faire si peu de cas de la disparition des médias régionaux ? La PQR fait partie de la vie de la région, de son identité culturelle, de ses repères.
Bien sûr, on ne peut fermer les yeux sur la réalité des problèmes économiques. Ceux qui pensent que les médias ne sont pas liés aux fluctuations de l’économie se trompent. Un journal est une entreprise comme les autres, soumise aux mêmes impératifs de rentabilité. La qualité de l’information s’en ressent-elle ? Non, tant que les journalistes travaillent pour remplir leur objectif premier : enquêter, décrypter, informer. Le modèle de l’entreprise capitalistique est-il compatible avec la production d’une information libre et pluraliste ? L’inféodation des grands quotidiens régionaux aux baronnies locales est-elle la condition de survie d’un titre ? Telles sont les questions essentielles qui n’ont été qu’effleurées ces dernières années à longueur d’« états-généraux » sur l’agonie de la presse écrite.
Il n’y a pas de démocratie locale sans presse régionale libre. L’autonomie économique de l’entreprise de presse, la souveraineté des rédactions sur leur ligne éditoriale, la capacité à innover, conditionnent la liberté des médias régionaux. Les Français ne se désintéressent pas de l’actualité : ils vont la chercher par d’autres canaux. Internet a bousculé la manière dont le grand public s’informe et compose « son propre journal », de sorte que Twitter soit une source d’information au même titre que le JT de 20h. Comment rendre attractifs des titres qui appartiennent au patrimoine d’une région, que nos grands-parents lisaient déjà ? Tout d’abord en renouant avec les lecteurs, en retournant à leur rencontre sur le terrain, en leur donnant la parole. Internet est aujourd’hui un réel espace démocratique dans lequel s’exercent des pratiques d’alerte et de vigilance de la part de l’opinion publique. L’information ne peut plus être descendante : il faut qu’elle intègre cette perturbation de la parole critique du grand public, à une époque où les citoyens doutent de la parole officielle – et c’est heureux.
Les médias régionaux doivent renouveler leur modèle économique pour conquérir des publics jeunes. Près de la moitié des moins de 35 ans commentent les articles sur le web et les relaient sur les réseaux sociaux. Les titres régionaux ont souvent utilisé la toile comme simple vitrine de leurs éditions papiers. Prises dans un étau, tiraillés entre la qualité de l’information et la rentabilité économique qui exige de la produire « vite », la PQR comme la PQN ont du mal à faire valoir leur plus-value. Quelle peut être cette plus-value, quand l’information brute est retransmise sans recul sur le web ? Le fond. L’investigation, l’enquête, le reportage : tout ce que les médias et les journalistes aujourd’hui n’ont plus le temps, plus l’argent de faire.
Le pire n’est pas certain. La presse écrite régionale n’est pas encore morte. C’est à nous, élus locaux et pouvoirs publics, d’aider nos médias à franchir ce cap, de soutenir les nouvelles initiatives, de secourir ces titres qui parfois nous égratignent. C’est à nous de soutenir coûte que coûte leur indépendance, de protéger la liberté de la presse, de veiller à la diversité des canaux d’information, de garantir dans nos territoires les conditions d’exercice d’un journalisme restauré dans sa vocation première : informer un public qui ne croira pas sur parole. Car quand la presse s’enrhume, c’est toujours la démocratie qui tousse.
Rebonjour. Vous venez de me faire passer cette tribune par Twitter, l’article sur le site du journal étant en “payant”…!
Le problème de l’info locale (un service avant tout, mais pas seulement) m’a conduit à glisser de la presse classique vers la création de médias participatifs locaux (voire “multi-locaux, en réseau comme des communautés de communes ou de cantons). Et ce depuis 15 ans.
Mon modèle idéal était (et est toujours) basé sur des acteurs bénévoles, associatifs ou publics.
Une municipalité comme la vôtre aurait une taille idéale pour monter un petit projet de ce genre, afin de laisser s’agglomérer toutes les bonnes volontés (”journalistes citoyens”, écoles de journalisme, de multimédia ou de communication, associations, organisations diverses…) et développer le (léger, rassurez-vous) savoir-faire technique pour “marcotter” dans toute votre agglo et les villes et villages voisins.
Notre propre “laboratoire” tient justement à la disposition de ceux qui voudraient l’imiter tout son savoir-faire technique, rédactionnel, déontologique et de sociologie des réseaux et des consommateurs d’information. On peut même envisager des déplacements éventuellement.
J’interviendrai en novembre à Bordeaux aux Assises de la Participation, avec une chercheuse du CNRS, sur “les nouvelles formes de participation”, et il est très probable que j’y aborde ce sujet de presse participative.
Pourquoi ne viendriez-vous pas ? Sinon, si le sujet vous intéresse, n’hésitez pas à me contacter.
Ce message s’adresse aussi à tous les élus ou employés de collectivités locales qui ont le même problème.
[...] Hazan, Maire PS de Reims, dans une tribune Sauver les quotidiens régionaux, une urgence démocratique publiée dans [...]
Bonjour, j’ai souri à la lecture de votre plaidoyer pour des PQR livrant une info libre et indépendante payée pas les collectivités locales, oui, j’ai failli sourire en pensant à ces financements faits en majeures parties par des entreprises “amies” du PS dont vous êtes.
Vraiment votre discours ferait pleurer dans les chaumières si les mots “liberté et indépendance de la presse” avaient réellement un sens dans votre idéologie marxiste ! La presse régionale se meurt ? Oui, mais pas à cause du numérique, à cause de sa dépendance aux partis de gauche ou elle est inféodée ! Le numérique prend la place laissée libre par cette presse gauchiste dirigée par les caciques des partis gauchistes et de la CGT ! Ne cherchez pas ailleurs !
Je pense aux salariés qui vont perdre leur emplois, pas aux journalistes qui paient le prix de leur sercilité !
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