Le Président Sarkozy a pris la parole ce mardi à l’ouverture du congrès de l’Association des Maires de France afin de tenter de justifier sa politique à l’encontre des collectivités territoriales. Loin de vouloir écouter, à défaut d’entendre, les craintes et les fortes inquiétudes qu’ont exprimées de très nombreux élus locaux de tous bords politiques, il s’est arc-bouté sur ses orientations, sans parvenir à convaincre.
Alors que les collectivités territoriales subissent de plein fouet, cette année déjà, les conséquences des choix iniques du gouvernement qui consistent à faire payer aux collectivités territoriales le déficit record de l’Etat, on pouvait espérer mieux.
- Mieux que des justifications caricaturales qui nient la réelle situation des finances des collectivités territoriales. En effet, il faut rappeler que les 36 000 communes, les 100 départements, et les 26 régions n’atteignent pas, tous ensembles, le seuil de 10 % de la dette nationale. L’Etat est plus de 10 fois plus endetté que l’ensemble des collectivités. Les collectivités territoriales ne sont donc responsables ni du déficit public ni de l’endettement excessif de l’Etat contrairement à ce que pourrait laisser penser le discours présidentiel.
- Mieux que de l’autopromotion sur la réforme territoriale, qui loin de simplifier le « mille-feuilles administratif » y ajoute encore plus de complexité et moins de lisibilité.
- Mieux que de l’autosatisfaction sur la loi de finance pour 2011 et le gel des dotations d’Etat aux collectivités territoriales qui menacent d’asphyxier financièrement les collectivités territoriales et de freiner la reprise économique. En effet, la diminution des moyens des collectivités risque de limiter leur capacité d’investissement. Or, 75% de l’investissement public en France est porté par les exécutifs locaux. Comme l’indique de nombreux économistes, un fléchissement de l’investissement public pourrait compromettre la sortie de crise au vue de la faiblesse actuelle de la croissance.
Les élus de tous bords politique étaient pourtant venu manifester des inquiétudes légitimes, qui méritaient d’être écouter, comme :
- Le chamboulement de la fiscalité locale et le gel des dotations financières de l’Etat, coups de poignard dans les finances territoriales, vont contraindre les collectivités à réduire leurs investissements et mettre en danger les services publics locaux.
- La manipulation politicienne, avec la création du Conseiller territorial, machine à reconquête électorale des territoires pour la droite, qui va entrainer une vraie régression démocratique.
- Les mesures de recentralisation, qui vont provoquer la fin de la solidarité entre territoires avec la suppression de la clause de compétence générale, le brouillage des niveaux régionaux et départementaux en même temps que l’épaississement du mille- feuille territorial.
C’est pour toutes ces raisons qu’il m’apparaît très clairement que Nicolas SARKOZY a profondément raté son rendez-vous avec les élus locaux lors du Congrès de l’AMF, comme il a raté plus globalement sa politique territoriale. Il sera donc impératif de revenir sur ces mesures de régression pour les territoires quand la gauche reviendra aux responsabilités nationales.