
L’association rémoise Ex-Aequo m’a remis le ”Prix de lutte contre l’homophobie 2009″ samedi.
Chers amis, le prix que vous avez choisi de me remettre aujourd’hui vous revient sans doute à vous autant qu’à mon équipe. Car c’est d’abord et avant tout l’action des associations qui fait reculer l’ignorance, la peur, les violences qui touchent les lesbiennes, les gays, les bis et les trans. Ex-Aequo a déjà une longue histoire à Reims. Et vous avez su, depuis longtemps, prendre la parole pour faire avancer les esprits.
Je suis d’autant plus touchée de recevoir ce prix aujourd’hui que cela vient récompenser un long parcours militant. Depuis plus de quinze ans, j’ai travaillé aux cotés des associations pour briser des tabous, et mettre en évidence les injustices qui frappent les homosexuels. Lorsque j’ai été nommée à la direction nationale de mon parti, je me suis donnée la tâche compliquée, mais joyeuse, de convaincre mes amis de proposer une loi pour reconnaitre les couples homosexuels. Cela a donné lieu à la loi sur le pacs, qui a 10 ans cette année.
Nous n’avons jamais voulu, pendant cette bataille, que défendre la devise républicaine : liberté, égalité, fraternité. Et nous continuons à avancer en gardant cela à l’esprit : défendre la liberté de chacun de vivre et de construire une famille avec celui ou celle qu’il aime ; garantir l’égalité de tous devant les institutions républicaines, sans distinctions fondées sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre ; et veiller, toujours, à donner des réponses politiques qui rassemble les uns et les autres par-delà les différences.
C’est pour cela que nous avons toujours lutté contre les options juridiques réservées aux seuls homosexuels, comme nous dénonçons aujourd’hui les dispositifs juridiques qui sont réservés aux hétérosexuels. Le pacs a démontré la justesse de nos intuitions de l’époque : aujourd’hui, 9 pacs sur 10 sont signés par les hétérosexuels. A l’époque, la France était en avance. Ca n’est plus le cas. Les couples de même sexe peuvent se marier et élever leurs familles en Espagne, en Grande-Bretagne, en Belgique, pour ne citer que nos voisins immédiats. En France, la majorité parlementaire s’y oppose.
Il est donc naturel, pour les élus locaux qui défendent l’égalité des droits, de permettre aux couples pacsés de célébrer leur union comme on peut célébrer un mariage. C’est pourquoi nous avons décidé, avec Virginie Coëz, adjointe chargée de la lutte contre les discriminations, de célébrer désormais les pacs à la mairie, comme on célèbre un mariage. Bien sur, cette cérémonie est symbolique, elle n’a pas de fondement juridique.
Le principal argument qui m’a convaincue de défendre l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, c’est justement l’importance du symbole : il ne peut y avoir, d’un coté, des couples que la République célèbre, et de l’autre coté, des couples que la République n’accepte pas.
Cette discrimination a des effets dramatiques. Elle sert les théories selon lesquelles on peut mesurer la valeur d’un individu à l’aune de son orientation sexuelle. Ce sont ces théories qui aggravent les violences. Je parle des violences que les lesbiennes, les gays, les bis et les trans subissent dans la rue, à l’école, au travail, mais aussi des violences qui se produisent à la maison, dans le cercle de famille. Et je pense aussi aux violences que l’on s’inflige à soi-même. C’est peut être là le sujet le plus urgent : un jeune homosexuel sur 3 ou 4 tente de se suicider dans sa jeunesse. C’est un chiffre qui devrait conduire tous les pouvoirs publics à agir avec beaucoup plus d’ambition.
En tant qu’élus locaux, en attendant les gestes forts que la France donnera lorsqu’elle acceptera de reconnaitre les familles homoparentales et d’ouvrir le mariage à tous les couples, nous devons prendre la parole. C’est en prenant la parole, en donnant des signes visibles, que nous pouvons faire avancer les mentalités et faire en sorte que les différences ne fassent plus peur. C’est le sens de l’installation de la place à la mémoire de François Chenu au parc Léo Lagrange. C’est le sens de l’accueil républicain que nous avons réservé au festival des Bisqueer roses. C’est le sens du rainbow flag que nous avons installé aujourd’hui devant l’hôtel de ville.
Et au-delà du symbole, nous agissons. Avec le COREDIS, dont vous êtes partie prenante, mais aussi à travers les formations que nous dispensons, ou les vœux que nous votons en Conseil municipal, nous avançons pour faire reculer l’homophobie.
Le combat contre les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre est une longue marche.
Cette marche a connu de grandes victoires. La dépénalisation de l’homosexualité en 1982. La déclassification par l’OMS, le 17 mai 1993. C’est cette date qui a été choisie pour la journée mondiale de lutte contre l’homophobie, parce qu’elle correspond à un changement de regard sur la sexualité. Le pacs, en 1999. Il a fallu convaincre, ça n’a pas été facile. Il a fallu faire face à des manifestations très hostiles. L’histoire a réglé leur compte.
Mais cette marche a aussi été traversée par le sida. Je ne peux pas recevoir ce prix sans penser à ceux que j’ai connus, qui ne sont plus là, qui ont mené pendant les dernières années de leur vie un double combat contre les injustices et contre leur maladie. Aujourd’hui, nous pouvons et nous devons être optimistes. D’autres victoires nous attendent.
Mais lorsque nous aurons mis notre droit en phase avec notre époque, lorsque nous aurons supprimé les discriminations qui restent dans nos lois et qui pèsent aujourd’hui sur nos amis lesbiennes, gays, bis ou trans, notre combat ne sera pas terminé pour autant. La lutte contre l’homophobie suit un parcours semblable aux marches des droits civiques, qui ont fait reculer le racisme ou le sexisme. Ces expériences historiques nous donnent une leçon à retenir : la loi ne suffit jamais.
Il faut être présents pour prendre la parole lorsque quelqu’un est victime. Il faut des militants de l’égalité. Il faut, sans cesse, expliquer, enseigner, défendre et réexpliquer les différences. C’est le rôle que nous avons, ensemble, élus locaux et associations. C’est pour cela que nous tenons à nos partenariat et à vos actions. C’est en menant campagne, sans cesse, que les mentalités évoluent.
Je suis Maire de Reims. Je veux une ville rassemblée, je veux une ville heureuse, et je veux une ville qui croit en son avenir. Je sais que pour y parvenir, l’ouverture, la curiosité et la diversité des habitants sont des atouts formidables. C’est en s’intéressant à son voisin, en acceptant ses différences, en le défendant lorsqu’il est victime d’injustices, que l’on avance et que l’on donne de la vie à sa ville.
Je sais que vous y contribuez. J’espère que vous continuerez longtemps ce travail, et que vous continuerez à agir avec l’ensemble des acteurs qui luttent contre les discriminations.