J’ai réuni ce matin à l’Hôtel de Ville les acteurs de la culture à Reims. Nous leur avons présenté, avec Sarah Ouaja-Ok et Thierry Wippler, nos priorités en matière de politique culturelle, et nous avons engagé la discussion.
Ces échanges ne font que commencer, puisque nous organiserons cette année un cycle de rencontres thématiques, pour que chaque décision prise dans le domaine culturel soit le fruit d’une concertation avec les associations et les professionnels.
Ce lancement des rencontres thématiques « culture » s’inscrit dans la démarche du projet urbain « Reims 2020 ».
Cette démarche consiste à penser collectivement la ville que nous souhaitons à l’horizon 2020 et à définir ensemble les moyens qui nous permettront d’y parvenir. Vous le savez, car beaucoup d’entre vous étaient présents en Mairie en janvier lors de leur présentation, trois équipes pluri-disciplinaires, emmenées par trois grands prix d’urbanisme, Messieurs Devillers, Panerai et Fortier, ont commencé à réfléchir sur des scénari possibles pour notre agglomération. Ils nous présenteront leurs propositions à l’automne. J’ai souhaité cependant que la réflexion ne soit pas seulement celle de spécialistes, aussi brillants soient-ils, mais que tous les Rémois aient la possibilité d’y participer. D’ici à la fin de l’année, un grand nombre de rencontres, forums, débats seront donc organisés sur tous les sujets qui font la vie d’une grande métropole : le logement, les déplacements, la place de l’enfant, le sport, l’urbanisme, et bien d’autres thèmes encore seront à ces différentes occasions débattus.
Au préalable, je souhaite cependant profiter de l’occasion que j’ai de m’adresser à vous pour dire combien la culture est pour moi un élément essentiel de l’action que je conduis. En effet, au cœur du projet politique que les Rémois ont choisi, en mars 2008, j’ai placé une ambition : faire de Reims une métropole culturelle européenne.
Avant d’être élus à la tête de la municipalité, nous étions partis d’un diagnostic : Reims est dotée de nombreux équipements et le budget de la culture est un budget important (30 millions d’€ ). Et pourtant le sentiment est encore répandu qu’à Reims, la vie culturelle n’est pas assez lisible et dynamique. Car en effet, de bons équipements et un budget conséquent ne suffisent pas à faire une politique culturelle, qui seule peut donner cohérente et visibilité à l’ensemble. Nous avons cette année eu l’occasion d’échanger avec nombre d’entre vous autour de ce constat.
Le temps est donc venu d’affirmer une nouvelle dynamique culturelle.
Cette nouvelle dynamique, à laquelle travaillent depuis un an mon adjointe à la culture, Sarah Ouaja-Ok ainsi que Thierry Wippler, conseiller délégué aux cultures émergentes et numériques, je la veux articuler autour de 4 idées :
1. Accompagner la création artistique, soutenir les créateurs.
Il est aujourd’hui un enjeu de taille dans notre ville : celui de la précarité de la jeune création artistique. Je veux que Reims soit identifiée comme une ville qui favorise l’émergence des jeunes artistes et des créateurs, une ville innovante en matière artistique, dans tous les domaines, qu’il s’agisse du design, du spectacle vivant, des arts visuels ou encore de la musique.
Je veux que nous accompagnions les fragilités, que nous soutenions les jeunes artistes dont les projets nous paraissent prometteurs pour la vie culturelle de notre ville.
Le projet de friche culturelle, sur lequel nous travaillons, va dans ce sens. Je souhaite que nous prenions le temps de consulter les acteurs culturels pour mûrir un projet qui réponde le mieux aux besoins de notre ville dans ce domaine et complète l’offre déjà existante. Nous nous donnons 1 an pour cela. Le lieu viendra ensuite.
Le développement en plusieurs lieux de la ville de résidences d’artistes, la constitution d’un pôle de création autour de la BD et du multimédia, la création d’une pépinière d’entreprises du design, le soutien aux projets de développement du FRAC ou de l’ESAD, le soutien au Festival Elektricity, ou la création d’un lieu de fabrique pour Meli-Môme : toutes ces initiatives ou ces projets participent de cette volonté de voir s’affirmer Reims comme la ville des émergences.
2. Rendre l’offre culturelle accessible au plus grand nombre.
Permettre qu’un plus grand nombre de Rémois ait accès à la culture, c’est d’abord aller à la rencontre des publics.
La culture doit se diffuser sur l’ensemble du territoire de notre ville.
Je souhaite pour cela que nous travaillions, au niveau des équipements comme des manifestations, à une mise en partage de la culture.
Nous favoriserons la diffusion de la culture en tant que connaissance, à travers des partenariats avec l’Université pour des manifestations spécifiques, ou le soutien à des projets comme l’Institut culturel européen, qui permettent au plus grand nombre d’accéder à un savoir trop souvent considéré comme élitiste.
Le travail de diffusion et de démocratisation est déjà largement assuré par nombre de structures : je pense notamment à l’action du Grand Théâtre, à l’expérience du Manège avec la résidence de Guy Alloucherie à Croix-Rouge, mais aussi à la réorientation des Flâneries à laquelle nous avons travaillé ou encore à Djazz 51.
Mais je souhaite aller au-delà dans la mesure où le sentiment demeure toujours que dans les quartiers, il ne se passe rien. Je veux donc encourager la déconcentration des activités culturelles dans les quartiers. A titre d’exemple, nous organiserons cet été, en partenariat avec la Pellicule ensorcelée, de nouvelles séances de cinéma en plein air pour offrir aux Rémois une programmation tout au long de l’été dans des lieux plus nombreux.
Rendre l’offre culturelle plus accessible, c’est aussi se préoccuper de l’éducation artistique. De nombreux projets sont déjà initiés en ce sens avec les structures culturelles :
- Le conservatoire réouvrira prochainement des antennes dans les Maisons de quartier, et dès la rentrée à Orgeval.
- Le Pôle art visuel, que nous avons inauguré il y a quelques mois, permettra à des enfants des écoles primaires de s’initier à la pratique artistique.
- Les Flâneries comporteront désormais des actions culturelles menées en partenariat avec les scolaires et les équipements de quartier tout au long de l’année.
Rendre la culture plus accessible, c’est aussi faciliter l’information et la communication autour de la programmation culturelle : je souhaite la création rapide d’un kiosque qui regroupe l’ensemble de l’offre culturelle rémoise, où le public puisse à la fois trouver de l’information et réserver des places de spectacles.
S’il est normal que chaque structure diffuse son programme et son calendrier, je pense que la visibilité de notre collectivité serait plus importante si nous parvenions à diffuser, en plus, un agenda commun de l’ensemble des manifestations.
3. Affirmer la place de la culture dans la ville.
La culture présente dans notre ville, c’est d’abord la culture présente dans ses espaces publics.
Je veux que la culture soit davantage visible dans notre agglomération.
Nous allons progressivement reconquérir ces espaces que la ville a trop souvent négligé jusque là : comme nous avons commencé à le faire avec le cryptoportique place du Forum, nous allons faire en sorte que les arts investissent les espaces publics à travers l’installation d’œuvres d’artistes contemporains, comme le projet du « musée hors les murs » ou le projet de réaliser une œuvre pour chaque quartier ; Un important travail de coordination et de soutien à l’art urbain a aussi commencé à se mettre en place dont nous verrons, dès la rentrée, les premières productions dans la ville.
Je pense aussi aux arts de la rue, à la musique, avec par exemple la Fête de la musique, ou encore au cinéma avec les projections de plein air sur les places de la ville.
Rendre la culture davantage visible veut aussi dire s’assurer du maillage de notre territoire en terme d’équipements culturels : du futur lieu de fabrique de Méli-Mômes, en poursuivant par la Cartonnerie, toute proche et le studio Césaré, au nord de la ville, en passant par la place du Boulingrin, lieu du futur Musée des arts et des Halles, en cœur de ville, en poursuivant par les promenades avec le Manège, et, juste de l’autre coté du canal, la Comédie, l’Atelier, et le centre Saint-Exupéry, c’est une véritable méridienne culturelle qui traverse notre agglomération, un axe géographique qui concentre l’essentiel de nos structures, hors le Grand théâtre et, pour l’instant, le FRAC.
A cette méridienne vient s’ajouter, complétant ainsi le maillage de notre territoire, les activités développées par les Maisons de quartier, comme Pôle Sud musique. Nous souhaitons les renforcer et mieux les définir afin d’avoir une véritable offre culturelle qui irrigue les quartiers.
Je pense aussi aux événements culturels et festifs que nous voulons développer. Je souhaite que nous réfléchissions à un événement de grande ampleur qui, le temps d’un WE, mette Reims en ébullition et rassemble la population : un événement culturel, à la fois populaire, festif, et ambitieux. Travaillons-y ensemble.
4. Identifier Reims sur la scène internationale.
Reims est ville trop peu ouverte sur l’extérieur alors qu’elle a pourtant de nombreux atouts qui contribuent à ce qu’elle compte et soit reconnue parmi les villes européennes. Notre ville a un patrimoine prestigieux qui la fait connaître dans le monde entier, mais il ne suffit pas à l’identifier comme une ville entrée de plein pied dans le 21ème siècle.
Une politique ambitieuse en matière culturelle peut changer l’image d’une ville aux yeux de ses habitants. Lille en est l’exemple. Elle peut aussi la changer aux yeux de l’extérieur, et d’abord de nos voisins européens. Notre ville doit s’ouvrir davantage. Il nous faut donc aussi être innovant en matière de relations internationales, et la culture est selon moi le vecteur qui peut le mieux contribuer au rayonnement de notre agglomération.
Plusieurs d’entre vous mènent déjà des coopérations avec l’étranger : le Festival Méli-Mômes, par exemple, a engagé de nombreux partenariats avec le Québec et avec l’Europe de l’Est. Je souhaite que ce type de partenariats se développe : la ville les soutiendra, tout comme elle favorisa les résidences d’artistes locaux à l’étranger ou la venue de productions étrangères.
Faisons en sorte, Ville et acteurs culturels, d’avoir une stratégie cohérente pour le développement de nos coopérations. Cela accentuera notre visibilité sur la scène internationale.
Il nous faut aussi des manifestations reconnues à l’échelle européenne.
C’est dans cet objectif que j’ai souhaité que le « Festival Reims Scènes d’Europe » franchisse une nouvelle étape, qu’il devienne un événement culturel de premier plan, capable de mettre en ébullition la ville pendant 3 semaines autour de la scène européenne contemporaine.
L’organisation de grandes expositions, comme celle qui se tient actuellement au Musée des Beaux-arts autour de Corot, peut être aussi un élément très fort du rayonnement culturel de notre agglomération. Le futur grand musée permettra de les multiplier.
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Le Monde traverse une crise économique sans précédent.
Beaucoup de nos concitoyens sont inquiets pour leur emploi ou pour l’avenir de leurs enfants. Mais l’insécurité sociale généralisée que nous vivons ne signifie pas pourtant que la culture devient un luxe qui devrait passer au second plan. Au contraire, toutes les enquêtes le montrent, les pratiques culturelles de nos concitoyens augmentent.
En période difficile, la culture est à l’évidence un point d’ancrage ; elle est un trait d’union entre les hommes et les femmes, entre les civilisations et les époques. Mais la crise nous met en même temps en difficulté. L’Etat se désengage et les budgets de nos collectivités ne sont pas extensibles à l’infinie. Un point d’impôt correspond à seulement 900 000 euros dans notre budget, et pour épargner nos concitoyens, j’ai pris l’engagement de ne pas augmenter les impôts durant mon mandat.
J’ai demandé que soit créé au sein des services de la ville un bureau du mécénat, qui permettra de mobiliser de l’argent privé pour des projets culturels. Je ne considère pas ce projet comme la solution de la question du financement des projets culturels, mais comme une simple contribution à celui-ci. Je fais appel à votre compréhension de la situation difficile qui est la notre, collectivement la notre. Elle nous imposera des choix, des priorités. Nous avons pour cela élaborer des critères, clairs et transparents, qui conditionneront l’aide de la ville. Elle nous obligera aussi à être inventifs.
Mais elle ne doit en rien nous enlever de notre ambition collective de faire de Reims dans les prochaines années, et sans attendre 2020, la ville de référence dont nous rêvons dans le domaine des arts et de la culture.
A travers Reims 2020 et l’organisation de ces rencontres « culture », j’ai souhaité développer une démarche de réflexion collective. Je veux qu’avec un maximum d’acteurs, nous nous interrogions sur que nous voulons pour notre ville dans 10 ans, et ce sur quoi il nous faut travailler dès à présent pour y parvenir. Nous voulons construire un projet de territoire. Cette démarche mélange donc des intentions de long terme et des projets de court terme, tous partie d’une même stratégie.
Ce projet, c’est avec vous que nous pourrons le bâtir. Nous engagerons la réflexion sur la base des idées que je viens d’énoncer. C’est l’objet des rencontres thématiques que nous allons organiser jusqu’à la fin de l’année.