La seconde conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance s’est ouverte hier à Genève, alors que la première conférence à Durban avait donné lieu à des dérapages et à une instrumentalisation à des fins politiques totalement inacceptables. Comme beaucoup de militants et d’acteurs de la lutte contre les discriminations le craignait, Mahmoud AHMADINEJAD, le Président iranien, a utilisé cette tribune pour faire une attaque haineuse contre l’Etat d’Israël.
Le rôle de l’ONU est de promouvoir la lutte contre le racisme et toutes les discriminations, pas d’offrir une tribune aux régimes qui cherchent à détourner ces causes et qui bafouent quotidiennement les droits de l’homme. Aucune démocratie ne peut cautionner l’exploitation politique par des régimes autoritaires et dictatoriaux comme l’a fait Mahmoud AHMADINEJAD.
En matière de respect de la démocratie et des droits de l’homme et de la femme, la seule méthode de dialogue est la très grande fermeté sur les principes fondamentaux, car on ne peut pas transiger sur ces valeurs.
Je suis heureuse de la réaction des représentants de l’Union Européenne, qui ont tous quitté la salle lors de l’intervention du président iranien. Cette protestation unanime témoigne que l’Europe est un acteur central de la lutte contre les discriminations et pour la promotion des droits de l’homme.
Il convient maintenant d’être extrêment vigilant quant au contenu de la déclaration finale de cette convention. La France comme l’Europe ne saurait cautionner un texte qui semblerait entériner les conclusions inacceptables de la première conférence. La condamnation de l’antisémitisme et de l’holocauste doivent selon moi y figurer explicitement. Le refus de toute discrimination, notamment à l’égard des femmes et des homosexuels, doit être réaffirmé clairement.
C’est à cette unique condition que cette conférence sera susceptible de représenter une avancée pour les femmes et les hommes qui souffrent du racisme, de la xénophobie et des discriminations à travers le monde.
J’ai pour ma part été choqué par la réaction des représentants européens, comment peut-on être un acteur central en quittant l’endroit du dialogue ?
Comment appeler au rassemblement, à la compréhension de l’autre bref à la tolérance en faisant montre de manières aussi cavalières et inconséquentes.
Sur les 160 résolutions adoptées à Durban en 2001, 7 concernaient Israël. On peut donc difficilement réduire cette conférence à une simple tribune anti-israélienne voire antisémite. Certes, l’un des faits marquants de la conférence aura été le départ anticipé des USA et d’Israël gênés par les slogans de quelque 20.000 manifestants en marge de la conférence brocardant “Israël = apartheid”. Lorsque l’on sait que Durban est une ville d’Afrique du Sud, on comprend facilement la portée symbolique d’une telle invective et le malaise ainsi suscité chez la délégation israélienne. Toutefois, mis à part la susceptibilité de cette dernière, on peut retenir deux choses de ces entrefaites. D’abord le souvenir encore vivace pour nombre de personnes de la résolution onusienne 3379 de 1975 qui assimilait le sionisme à une forme de racisme et de discrimination raciale. Et puis ce lien indéfectible qui unit les États-Unis à Israël et par la même leur goût peu prononcé pour le dialogue avec une partie du reste de la planète soit les 160 pays représentés et le forum des Organisations Non Gouvernementales représentant la société civile.
Quoique que l’on en dise, Durban I ne se résume pas à la mise à l’index d’Israël qui aura tant ému les prescripteurs officiels de l’opinion occidentale qui ont eu jusqu’à lors le loisir indécent d’occulter d’autres points cruciaux soulevés par une conférence unique en son genre et qui aura eu le mérite d’exister. En effet, Durban a montré, comme l’avaient déjà prouvé les mobilisations de Gênes, de Nice ou de Seattle contre la mondialisation, qu’il fallait désormais compter avec l’expression populaire. Une vox populi qui a su dénoncer dans les rues de Durban les méfaits du libéralisme économique et des privatisations en exigeant plus d’égalité sociale, proclamant l’espoir d’un monde meilleur, rassemblant les populations noires, les O.N.G. arabes et les mouvements musulmans.
Durban I, c’est aussi une déclaration finale qui reconnaît le droit inaliénable du peuple palestinien à l’autodétermination et à la création d’un État indépendant, ainsi que le droit à la sécurité de tous les États de la région, y compris d’Israël. Ou encore, la reconnaissance de l’esclavage et du commerce des esclaves, en particulier la traite transatlantique, comme constituant un crime contre l’humanité (bien que toute notion de réparation ait été soigneusement retirée des discussions ce qui explique également le départ anticipé des USA…).
Bref d’autres sujets de préoccupations qui ne semblent pas toucher outre mesure les Européens si prompts à dénigrer la deuxième édition de Durban.